Notre lettre 1329 publiée le 29 janvier 2026

TRADILIBÉRALISME

ET CATHOLICISME INTÉGRAL


UN DÉBAT

AU SUJET

DES NOUVEAUX RITUELS

DES SACREMENTS




UNE ÉTUDE
PUBLIEE DANS RES NOVAE
PAR L'ABBÉ CLAUDE BARTHE
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L’abbé Laurent Spriet a publié dans La Nef de janvier 2026 une recension fort irritée de mon ouvrage : Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui [1], dans laquelle il sent l’odeur du libre examen de Luther, suivie d’une vidéo (Abbé Barthe : une position ecclésiale intenable – La Nef) où il condamne sans appel mon livre comme « mauvais et malfaisant » et ma position ecclésiale comme « intenable ».

L’abbé Spriet prend la précaution de dire qu’il n’a rien contre moi à titre personnel. Non seulement je lui rends la pareille, mais j’ajoute pour ma part que j’avais beaucoup apprécié les courageux, mais hélas vains efforts qu’il avait déployés jadis pour introduire dans le séminaire de Lyon une section vouée à la messe traditionnelle : un des moyens de la restauration de la liturgie traditionnelle est en effet de l’injecter autant qu’on le peut dans les structures ecclésiales officielles.

Tout mon propos dans ce petit livre sur les nouveaux rituels des sacrements porte sur un autre aspect de cette restauration liturgique à promouvoir : donner des éléments à ceux qui défendent de manière théorique et pratique la liturgie traditionnelle, c’est-à-dire aux prêtres de communautés ou diocésains qui la célèbrent en quelque sorte comme « spécialistes », et aux fidèles qui y sont attachés pour préserver leur foi et celle leurs enfants et qui, les uns et les autres, la maintiennent en vie depuis un demi-siècle. Cette défense, pour eux qui l’assument pleinement, ne peut qu’être globale, tout simplement parce qu’une liturgie est un tout cohérent. Saint Thomas explique d’ailleurs que tous les sacrements forment un corps complet où chacun d’eux est ordonné à l’Eucharistie, qui contient l’auteur des sacrements, le baptême et la pénitence pour la recevoir, le mariage pour développer l’union du Corps mystique, l’ordre pour la consacrer, etc. Si donc le rituel de l’Eucharistie a été blessé, il est dans l’ordre des choses que les autres sacrements l’aient été aussi.


La déficience libérale de la nouvelle liturgie

Je ne prétends pas que tout soit mauvais dans les nouveaux rituels (et notamment je ne conteste nullement leur validité, même si leur malléabilité extrême fait qu’en certains cas on peut se demander si la manière indécente dont ils sont interprétés ne manifeste pas que le célébrant n’a pas l’intention de faire ce que veut l’Église). « La grâce suinte ou ruisselle à travers les décombres de la liturgie détruite », disait Mauriac quelque part dans son Bloc-Notes. Le bouleversement a touché chacun d’eux, à des degrés divers, et tous, comme la nouvelle messe, souffrent d’un amoindrissement de signification. Ainsi, le vice du nouveau missel est-il d’exprimer plus faiblement, en comparaison avec le missel qu’il a prétendu remplacer, le caractère sacrificiel de l’Eucharistie, mais aussi la spécificité du sacerdoce hiérarchique, la transcendance de l’action qui s’y déroule, l’adoration due à la présence réelle. De même, l’ensemble du nouveau rituel du baptême affaiblit-il l’aspect de lutte du Christ contre le démon asservissant l’âme du fait du péché originel qui la souille ; le nouveau rituel de l’onction des malades dévalue le sacramentum extremæ unctionis en une célébration pour personnes âgées. Il y a non pas négation, mais affaiblissement – et cela seul est considérablement dommageable – des arêtes du dogme. Certes, à des degrés divers : le nouveau rituel du mariage verse dans les formules trop bavardes et évacue la grande bénédiction consécratoire de l’épouse ; mais le nouveau rituel de l’ordination appauvrit le symbolisme même de la cérémonie concernant les prêtres et évacue la couronne des ordres mineurs et du sous-diaconat.

La réforme liturgique a été totale, confectionnant, avec des éléments anciens mais à nouveaux frais, la messe, tous les sacrements, tous les sacramentaux. Immense bouleversement opéré en quelques années, dont il faut au minimum convenir qu’il ne fut pas un succès : la nouvelle liturgie n’a pas rempli les églises, ou à tout le moins elle ne les a pas empêchées de se vider. Au contraire, la liturgie ancienne qu’elle voulait remplacer et qui a survécu en maints lieux attire les jeunes fidèles, engendre les vocations, brille par ses pèlerinages. On objectera que ces considérations valent surtout pour l’Occident. Mais c’est à Rome qu’a eu lieu cette grande mutation cultuelle, au sein de cet Occident où l’ultra-libéralisme a triomphé dans les années même où s’est réalisée la grande démolition-reconstruction de la liturgie romaine.

La réforme de Paul VI est ainsi apparue aux analystes critiques et au public des fidèles – « on nous change la messe ! », « on nous change la religion ! » – comme donnant des gages à l’esprit du temps : tonalité plus immanente des cérémonies (face au peuple, emploi de la langue courante, évacuation d’un symbolisme trop traditionnel) ; distinction hiérarchique des ministres du culte et des fidèles laïcs, atténuée ; formes du respect vis-à-vis de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, atrophiées ; rappel des grandes vérités (la mort, le jugement) et dogmes « durs » (la messe comme sacrifice sacramentel, le péché originel empêchant l’accès de l’âme à la vision béatifique), adoucis.

Le rite se voulant immuable étant remplacé par un canevas sur lequel chacun brode selon son charisme, sa piété propre. Désormais, « il revient à la communauté de créer elle-même sa liturgie et non de la recevoir de traditions devenues incom­préhensibles : la communauté se représente et se célèbre elle-même », disait le cardinal Ratzinger [2]. L’« esprit » de Vatican II dont procédait ce culte rénové allait dans un sens tout opposé à celui des grandes réformes de l’Église qu’ont été ce qu’on appelle la « réforme grégorienne » ou la contre-réforme tridentine, avec leur restauration exigeante de la discipline, de la piété et de la formation du clergé, de la rigueur de la vie religieuse. Les thèmes des réformateurs de la liturgie d’après le Concile (équilibrer la « table de la Parole » et la « table de l’Eucharistie" ; promouvoir la participation active des laïcs ; restaurer la concélébration, la communion à la coupe) étaient en dissonance de style, de spiritualité, de substrat théologique, avec ce qui avait été hérité du passé. Ces mutations ayant un parfum de catholicisme libéral en son dernier avatar, la Nouvelle Théologie que dénonçait Pie XII. Catholicisme libéral qui croit pouvoir faire certaines concessions à la modernité (liberté moderne, effacement des différences entre confessions, adoucissement des croyances qui « passent » mal) en caressant l’espoir – toujours déçu – de se voir reconnaître une place au sein du monde moderne. Les transformations rituelles représentaient ainsi une sorte d’« inculturation », certes modérée, médiocre comme on eût dit au XVIIe siècle. Sauf que la culture dont on se rapprochait était une non-culture

Ce phénomène d’une réforme que je qualifie de libérale se double d’un autre : un catholicisme libéral subordonné, second par rapport au catholicisme réformateur, qui s’est développé chez certains traditionnels, qu’on pourrait qualifier de tradilibéralisme. La grande inquiétude de l’abbé Spriet – qui me prête assurément beaucoup trop d’influence – est que mon discours « intégraliste » sur la liturgie nouvelle en général et sur les sacrements réformés en particulier, exaspère les autorités ecclésiastiques et leur cache la bonne volonté de certains traditionnels qui, dans l’espoir – toujours déçu – de se voir accorder une certaine reconnaissance, sont prêts à certaines concessions, qu’ils parent de l’expression ratzinguérienne de « réforme de la réforme », qui veut dire pour eux réforme du rite traditionnel, ce que le terme même contredit, comme je le dirai plus loin.


La déficience d’autorité de la nouvelle liturgie

Est-ce désobéir quand il n’y a pas lieu à obéissance ? Est-ce désobéir que ne pas se soumettre à une loi qui ne sert manifestement pas le bien commun ?

Vatican II, à la différence des conciles du passé, n’a voulu ni condamnation, ni dogmatisation. L’élaboration d’une nouvelle forme d’enseignement dans laquelle il s’est placé, l’enseignement authentique (Lumen Gentium, n. 25 § 1) ou « pastoral », est comme un très adroit coup de billard à trois bandes, on dit des nouveautés, ce qui dévalue la tradition, et permet par ailleurs d’être dans l’air du temps : ce type d’enseignement permet en effet d’émettre des doctrines très nouvelles (l’Église respecte sincèrement les autres religions, Nostra Ætate, n. 2 § 2), en infirmant par le fait sans avoir à la contredire puisqu’on reste dans le « pastoral » l’autorité du magistère antérieur, le tout sur un mode qui s’intègre à une liberté intellectuelle moderne qui rejette toute dogmatisation, sauf celle précisément de la liberté.

C’est tout naturellement que la réforme liturgique a donné en parallèle un nouveau mode de règle cultuelle variable et peu contraignante, ouvrant à tout moment de nombreuses options, laissant un maximum de place à l’interprétation des célébrants [3]. La norme du culte est le reflet de la norme de foi et réciproquement : lex orandi, lex credendi. Ou plus exactement l’absence de norme au sens fort : il ne s’agit plus vraiment ici d’une lex avec ce culte qui rejette avec mépris l’ancienne ritualité et est aussi peu « rigide » que possible, correspondant par le fait à un message mal défini, affaibli (comme la pensée faible des modernes).

Le choix est donc d’obéir ou au sens de la foi ou à ce qui n’est pas une loi, en ce qu’elle est n’implique pas l’obligation d’obéissance. En tout cas, ceux qui, dès la parution du nouveau missel, ont émis les blâmes les plus graves, l’ont en effet considéré comme légitimement critiquable. Le sous-titre donné par l’éditeur à mon livre, Bref examen critique des nouveaux rituels, fait référence implicite au Bref Examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci du 5 juin 1969, paru deux mois après la promulgation du missel de Paul VI. Il était accompagné d’une supplique qu’avaient signée les deux cardinaux et qu’ils adressaient au pape, dont les termes sont bien connus : «  Le nouvel Ordo Missæ, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe telle qu’elle a été formulée à la XXe session du Concile de Trente […]. Tant de nouveautés apparaissent dans le nouvel Ordo Missæ, et en revanche tant de choses éternelles s’y trouvent reléguées à une place mineure ou à une autre place – si même elles y trouvent encore une place,– que pourrait se trouver renforcé et changé en certitude le doute, qui malheureusement s’insinue dans de nombreux milieux, selon lequel des vérités, toujours crues par le peuple chrétien, pourraient changer ou être passées sous silence sans qu’il y ait infidélité au dépôt sacré de la doctrine auquel la foi catholique est liée pour l’éternité. »

L’abbé Spriet dira-t-il que le livret signé par les cardinaux Ottaviani et Bacci est « mauvais et malfaisant » ?

De multiples autres critiques ont parues depuis lors, celles de nombreux prêtres qui ont continué à célébrer dans les formes anciennes, celles bien connues de Mgr Lefebvre, celles des collaborateurs de la revue Itinéraires, le Père Calmel, l’abbé Dulac, Louis Salleron [4], etc. Et aujourd’hui, celles de Mgr Athanasius Schneider, qui a donné une préface à mon livre, laquelle emprunte le ton de la lettre des cardinaux Ottaviani et Bacci : « L’introduction de nouveautés de manière académique et abstraite, donc anti-traditionnelle, dans les rites sacramentels a été considérée comme au moins suspecte depuis l’époque des Pères de l’Église jusqu’au Concile Vatican II. [… Les innovations, les improvisations, les ruptures avec les rites de l’époque précédente] tout cela s’est réalisé de manière incompréhensible à l’occasion de la réforme de la liturgie consécutive au Concile Vatican II avec l’approbation du Saint-Siège. Les rites des sacrements de la réforme postconciliaire s’éloignent de manière frappante des qualités constantes et essentielles de la liturgie de l’Église, telles qu’elles ont été inspirées par les Apôtres, fidèlement développées dans le même sens par les Pères de l’Église et soigneusement protégées pendant des siècles par les Pontifes romains. Parmi les caractéristiques du rituel des “sacrements nouveaux”, contrastant avec la liturgie de toujours, on peut relever les éléments suivants : la diminution de la sacralité, l’affaiblissement systématique de la symbolique et typologie biblique, spécialement le lien avec les types du culte Divin de l´Ancienne Alliance (une telle attitude était typique des anciens gnostiques chrétiens et en partie aussi de Martin Luther), une tonalité trop académique et artificielle, les nouveautés inventées avec des improvisations, l´anthropocentrisme, une tendance néo-pélagienne (l´affaiblissement évident de la doctrine du péché originel et l’affaiblissement des prières de repentance et de propitiation) associée à une tendance naturaliste (l´affaiblissement de la prise en compte de l’existence et de l´action des esprits mauvais, d’où une omission quasi systématique des exorcismes). »

L’abbé Spriet dira-t-il que le propos de Mgr Schneider est « mauvais et malfaisant » ?

L’abbé Spriet pour me faire rentrer dans l’obéissance me donne une citation de Mediator Dei, la grande encyclique de Pie XII sur la liturgie de 1947, expliquant que de l’autorité du pape dépendent les aspects humains de la liturgie. Je suis pleinement d’accord et j’ajoute même cette autre citation en ce sens de l’encyclique : « Il faut réprouver l’audace tout à fait téméraire de ceux qui, de propos délibéré, introduisent de nouvelles coutumes liturgiques ou font revivre des rites périmés, en désaccord avec les lois et rubriques maintenant en vigueur. » N’est-ce pas cependant de propos délibéré que l’abbé Spriet célèbre habituellement une messe que le pape Paul VI a remplacée par une autre ? C’est assurément qu’il juge comme moi, et comme le pape Benoît XVI dans Summorum Pontificum, que les changements décidés par Paul VI n’avaient pas force obligatoire, en tout cas par force suffisamment obligatoire pour abolir la messe antérieure.


Pie XII prémonitoire

Mais il est un autre passage très intéressant de l’encyclique de Pie XII : « Il faut juger de même des efforts de certains pour remettre en usage d’anciens rites et cérémonies. Sans doute, la liturgie de l’antiquité est-elle digne de vénération ; pourtant, un usage ancien ne doit pas être considéré, à raison de son seul parfum d’antiquité, comme plus convenable et meilleur, soit en lui-même, soit quant à ses effets et aux conditions nouvelles des temps et des choses. Les rites liturgiques plus récents eux aussi, sont dignes d’être honorés et observés, puisqu’ils sont nés sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, qui assiste l’Église à toutes les époques. […] De même, en effet, qu’aucun catholique sérieux ne peut, dans le but de revenir aux anciennes formules employées par les premiers conciles, écarter les expressions de la doctrine chrétienne que l’Église, sous l’inspiration et la conduite du divin Esprit, a dans des âges plus récents élaborées et décrété devoir être tenues, […] de même, quand il s’agit de liturgie sacrée, quiconque voudrait revenir aux antiques rites et coutumes, en rejetant les normes introduites sous l’action de la Providence, à raison du changement des circonstances. »

Ce serait un contresens d’appliquer ce blâme à ceux qui aujourd’hui refusent les novations introduites après le Concile. Cette dénonciation de la recherche de rites ayant « un parfum d’Antiquité », au mépris de rites introduits par la suite, visait la tendance qui se manifestait chez un certain nombre d’auteurs relevant du Mouvement liturgique, lesquels prônaient un retour aux usages de l’Antiquité tardive par-dessus les apports du Haut Moyen-Âge. Ainsi le jésuite Josef Andreas Jungmann, qui deviendra l’un des réformateurs les plus en vue après Vatican II, estimait dans Missarum Sollemnia : Explication de la messe romaine, en 1948, que l’offertoire qui, avant le VIIe siècle, se résumait à une oraison sur les oblats, avait ensuite subi de « graves altérations » par l’adjonction d’une série de « prières privées » du prêtre. Ces « prières privées » explicitaient d’ailleurs si clairement le sens du sacrifice eucharistique et sa valeur propitiatoire pour les vivants et pour les morts, qu’elles étaient considérées par Jungmann et ses émules comme un « doublet » ou un « doublon » du canon. Elles seront impitoyablement supprimées par la réforme.

C’étaient des modernisateurs archéologisants, ce qui n’est pas contradictoire. Comme le disait Pie XII, le retour qu’ils voulaient était justifié comme convenant mieux « aux conditions nouvelles des temps et des choses. » Il ressortait de ce qu’enseignait au contraire Pie XII que ces « prières privées », objet des critiques des Jungmann, Mærtens, Bruylants, Bouyer et autres, qui avaient fleuri du VIIe au XIe siècle, étaient à considérer comme « dignes d’être honoré[e]s et observé[e]s, puisque […] né[e]s sous l’inspiration de l’Esprit-Saint ».


Benoît XVI arrêté au milieu du gué

À la différence de Marcel Lefebvre, qui critiquait le fond de la réforme liturgique, Joseph Ratzinger a surtout critiqué le mode violent de la transformation qu’elle avait opérée. Mais c’est le cas de dire, comme en procédure mais avec un sens plus large, que « la forme emporte le fond » et que les deux contempteurs de la réforme, l’archevêque et le cardinal, n’étaient au fond pas si éloignés. D’autant que Joseph Ratzinger magnifiait par ailleurs le trésor que représentait le rite ancien, « qui était sacré pour les générations précédentes » et qui restait « grand et sacré pour nous [5]. »

À son initiative furent promulgués la lettre circulaire Quattuor abhinc annos, de la Congrégation pour le Culte divin, dite « indult » du 3 octobre 1984, puis le motu proprio Ecclesia Dei adflicta, du 2 juillet 1988, et pour finir, lorsqu’il fut devenu Benoît XVI, le motu proprio Summorum Pontificum, du 7 juillet 2007, qui reconnaissait le droit à la célébration de la liturgie traditionnelle.

Disons au passage que c’est à tort qu’on invoque, pour justifier les dispositions de 2007, la coexistence traditionnelle de divers rites dans l’Église. S’il a toujours existé dans l’Église des rites liturgiques distincts correspondant à des aires géographiques, ethniques ou culturelles diverses, on n’avait jamais vu une coexistence de droit entre deux états successifs du même rite pour les mêmes sujets. Certes, la bulle Quo primum de 1570 autorisait la survivance, à côté du missel romain des usages pouvant prouver deux cents ans d’existence, mais comme des rites de telle cathédrale, de telle collégiale. Alors que la survivance que constatait Summorum Pontificum du rite ancien n’était pas le fait d’une Église particulière ou d’un ensemble d’Églises particulières, mais virtuellement de toute l’Église romaine. Elle avait désormais deux rites, deux « formes du même rite », disait gentiment le texte. En quelque sorte, le missel promulgué par Quo primum profitait à son tour lui-même de l’exception d’antiquité prévue par cette bulle…

Summorum Pontificum était certes un texte destiné à apporter la paix liturgique, mais il faisait aussi partie du grand projet ratzinguérien d’encadrement du Concile. Le conciliaire modéré qu’était devenu Joseph Ratzinger espérait que l’un des effets de la libéralisation de l’ancienne liturgie pouvait permettre, par voie d’émulation, de contact, « d’enrichir », de corriger la nouvelle liturgie [6]. Il visait ce processus dit de « réforme de la réforme », dont le premier à l’avoir évoqué semble avoir été le cardinal Decourtray, archevêque de Lyon. Réforme de la réforme liturgique et non réforme du rite traditionnel. Tout récemment encore, Mgr Schneider en a repris le thème : le nouvel Ordo ne peut subsister en l’état [7].

Ce projet entre dans la catégorie de ce qu’il est convenu de qualifier en politique de processus de transition (telle que la « transition démocratique », en Espagne, après la mort de Franco), qui suppose qu’on veut passer d’un régime, d’un état politique, ou en l’espèce ecclésial, à un autre. Ici du « régime » de la liturgie de Paul VI au « régime » de la liturgie tridentine, par des étapes graduées pour rendre plus facile la mutation. L’hypothèse concerne la célébration ordinaire dans les paroisses progressivement rendue traditionnelle (retournement de l’autel, réintroduction de l’offertoire traditionnel, etc.). Elle peut être mise en œuvre ponctuellement par tel prêtre, mais n’est pleinement concevable que si elle est appliquée à la manière d’un programme global par un pape ou par un ensemble d’évêques s’engageant dans un programme de restauration ecclésiale [8]. Intéressante à cet égard, bien qu’avortée, fut la tentative du cardinal Sarah qui, alors Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, lors d’un congrès de l’association Sacra Liturgia tenu à Londres en avril 2016, avait appelé à un retour massif de la célébration ad Orientem, en suggérant aux prêtres qui le souhaitaient de commencer dès le premier dimanche de l’Avent 2016 à célébrer de la sorte. Mais il fut immédiatement contredit par l’archevêque de Westminster, le cardinal Nichols, et par un communiqué du directeur de la Salle de Presse vaticane, le 11 juillet 2016, expliquant que « de nouvelles directives liturgiques [n’étaient] pas prévues ». Le cardinal lui-même ne mit jamais en application sa directive dans les messes selon le missel de Paul VI. Benoît XVI lui-même, s’il a parlé de « réforme de la réforme », n’a pas réellement pris les moyens de la mettre en œuvre, si ce n’est en distribuant la communion sur les lèvres lors de ses propres messes et par une manière plus soignée de célébrer, avec de beaux ornements.

Il est en somme resté au milieu du gué.


Restaurer tout entière la lex orandi traditionnelle

Il reste que Benoît XVI, spécialement par Summorum Pontificum, a grandement favorisé la célébration de la liturgie ancienne. Or, qu’on le veuille ou non, à la célébration de la lex orandi préconciliaire correspond une lex credendi également préconciliaire. Benoît XVI avait ainsi, involontairement ou peut-être en partie volontairement, posé une mine sous l’édifice de Vatican II et d’abord de sa liturgie.

J’ai qualifié – de manière un peu polémique, je le concède, mais la légitime défense m’y autorisait – les partisans d’accommodements de tradilibéraux, en regard desquels, en reprenant une qualification que se donnaient les catholiques engagés dans la lutte contre le modernisme au début du XXe siècle, je placerais les catholiques intégraux Ceux-ci, de diverses sensibilités et appartenances institutionnelles, ont pour but ultime – du point de vue de la lex orandi et par le fait de la lex credendi – le retour à la liturgie traditionnelle comme norme.

L’accomplissement de ce retour suppose des pasteurs, un pape et auparavant des évêques, pour l’accomplir, mais aussi un contexte qui lui soit favorable. Il serait sans doute trop optimiste de dire que ce contexte existe pleinement aujourd’hui, mais on peut tout de même en constater des prémices, comme le montrent entre autres ces sondages publiés par le journal La Croix notant l’importance du nombre des prêtres qui désirent la paix liturgique et la croissance de celui des fidèles « qui aiment la messe en latin ».

Car patente en effet est la fatigue de la liturgie nouvelle [9], née d’une fabrication malhabile par des « experts », comme le reconnaissait l’un d’entre eux, Louis Bouyer, après en être revenu, ou d’une réélaboration par des « professeurs », pour citer Joseph Ratzinger : « Rien de semblable ne s’est jamais produit sous cette forme, cela est contraire au caractère propre de l’évolution liturgique [10]. » Cette liturgie fabriquée ne deviendra jamais une tradition, même si elle est devenue en un demi-siècle une habitude, qu’il sera malgré tout difficile de déraciner.

Force est de constater en revanche l’éternelle jeunesse de la liturgie traditionnelle et ses capacités missionnaires. La multiplication des lieux de messe traditionnelle, qui va continuer, doit s’accompagner de « tout ce qui va avec », selon l’expression consacrée, le catéchisme et les sacrements.

La réception des sacrements, qui marque une pleine vie communautaire chrétienne, baptême, mariage, confirmation est d’une suprême importance. « Si la fin est dernière dans l’exécution, elle est première dans l’intention », dit l’adage scolastique [11]. La fin n’est rien d’autre que la restauration de toute la liturgie comme colonne vertébrale d’une restauration ecclésiale. Ceux qui, suivant le sens de la foi, défendent la messe et les sacrements tridentins tout ensemble, qu’ils soient prêtres, jeunes gens préparant leur mariage, parents demandant le baptême et la confirmation de leurs enfants, œuvrent, Dieu aidant, à cette restauration ecclésiale.


Abbé Claude Barthe


[1] Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui. Bref examen critique des nouveaux rituels, avec une préface de Mgr Athanasius Schneider, Contretemps, 2025.

[2] Un chant nouveau pour le Seigneur, La Foi dans Le Christ et la Liturgie aujourd’hui, Desclée, 1995, p. 49.

[3] Benoît XVI, quand il était cardinal Ratzinger, avait fait ce rapport entre enseignement pastoral du Concile et liturgie nouvelle d’une autre manière, en notant que l’un et l’autre, Concile et nouvelle liturgie, sont considérés à tort comme des plus que dogmes : « La vérité est que le Concile n’a défini aucun dogme et a voulu consciemment s’exprimer à un niveau plus modeste, simplement comme un concile pastoral. Pourtant, nombreux sont ceux qui l’interprètent comme s’il était presque le super-dogme qui ôte toute importance au reste. Cette impression est surtout renforcée par certains faits courants. Ce qui était autrefois considéré comme le plus sacré – la forme transmise de la liturgie – apparaît d’un seul coup comme ce qu’il y a de plus défendu et la seule chose que l’on puisse rejeter en toute sûreté. » (Discours aux évêques chiliens, 13 juillet 1988, Conférence du cardinal Ratzinger devant les évêques du Chili et de Colombie le 13 juillet 1988 • 13 juillet 1988 • LPL).

[4] Puis-je ajouter la mienne : La messe de Vatican II. Dossier historique, Via Romana, 2018 ?

[5] Benoît XVI, Lettre aux évêques accompagnant Summorum Pontificum.

[6] Dans la lettre du 7 juillet 2007 accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum, Benoît XVI expliquait que l’enrichissement du rite ancien par le nouveau porterait sur deux points : « Dans l’ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces ». La Commission Ecclesia Dei avait préparé l’ajout de quatre nouvelles préfaces ad libitum prises dans des sources anciennes et l’extension à l’Église universelle de trois autres existant dans des missels particuliers. Elles ont été promulguées par le décret Quo magis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi du 22 février 2020. La Commission avait aussi préparé une liste de nouveaux saints, dont on pouvait faire mémoire ad libitum, qui n’a pas eu de suite.

[7] Avertissement de l’évêque Schneider : ‘Le Novus Ordo ne peut pas rester en l’état’, Life Site, émission de John Henry Westen, 13 janvier 2026.

[8] Voir mon petit ouvrage : La messe à l’endroit. Un nouveau mouvement liturgique (Éditions de L’Homme Nouveau, 2010).

[9] Patente notamment par son absence de fruits. Pour donner un exemple : se pose actuellement la question de la fermeture du séminaire interdiocésain de Toulouse. Le séminaire interdiocésain de Bordeaux ayant fermé ses portes en 2021, il ne resterait plus aucun séminaire pour l’ensemble des diocèses du Sud-Ouest et de l’Occitanie, à l’exception du séminaire diocésain un peu marginal (et qui subsiste pour cette raison) de Bayonne.

[10] La célébration de La Foi : Essai sur la théologie du culte divin, Téqui, 1985, p. 84.

[11] Saint Thomas, Somme théologique, Ia IIæ, q 1, a 1, ad 1.


 

Trad-Liberalism and Catholic Integralism

Debate on the New Rituals of the Sacraments

Par l'abbé Claude Barthe



 

Father Laurent Spriet has published a highly incensed review of my book,Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui[1] (The Seven Sacraments from Yesterday to Today), in the January 2026 issue of La Nef, in which he detects the stench of Luther’s free inquiry, followed by a video (“Les sept sacrements d’hier et d’aujourd’hui”, abbé Barthe : critique par l’abbé Laurent Spriet) in which he condemns my book as “evil and pernicious” and my ecclesial position as “untenable”.

Father Spriet takes the precaution of saying that he has nothing against me personally. Not only do I return the compliment, but I would add that I greatly appreciated the courageous, yet sadly futile efforts he made in the past with the aim of introducing a section dedicated to the traditional Mass into the seminary in Lyon: one of the ways to restore the traditional liturgy is indeed to inject it as much as possible into official ecclesiastical structures.

My entire aim in this little book on the new rituals of the sacraments involves highlighting another aspect of the liturgical restoration that needs to be promoted: it seeks to provide elements of reflection to those who defend the traditional liturgy in theory and in practice, that is, to diocesan priests or to those belonging to traditional communities, who celebrate it as ‘specialists’, so to speak, as well as to the faithful who are attached to it in order to preserve their faith and that of their children, all of whom have kept it alive for half a century. For those who fully embrace this defense, it can only be comprehensive, simply because a liturgy is a coherent whole. St. Thomas explains that all the sacraments form a complete body in which each one is ordered to the Eucharist, which contains the author of the sacraments: baptism and penance to receive it, marriage to develop the union of the Mystical Body, Holy Orders to consecrate it, and so on. If, therefore, the ritual of the Eucharist has been wounded, it is only natural that the other sacraments have been wounded as well.


The liberal deficiency of the new liturgy

I do not claim that everything in the new rituals is bad (and in particular I do not dispute their validity, even if their extreme malleability means that in some cases one may wonder whether the indecent manner in which they are interpreted does not show that the celebrant has no intention of doing the will of the Church). “Grace seeps or trickles through the rubble of the ruined liturgy,” Mauriac said somewhere in his Bloc-Notes. The upheaval has affected each of them to varying degrees, and all of them, like the new Mass, suffer from a diminution of meaning. Thus, the flaw of the new missal is that it expresses more weakly, in comparison with the missal it claimed to replace, the sacrificial character of the Eucharist, but also the specificity of the hierarchical priesthood, the transcendence of the action that takes place within this rite, and the adoration which is due to the Real Presence. Similarly, the new baptismal ritual, taken as a whole, weakens the notion of Christ’s struggle against the devil who enslaves the soul due to the original sin that defiles it; the new ritual of the anointing of the sick devalues the sacramentum extremæ unctionis into a celebration for the elderly. There is no negation, but a weakening ? and this alone is highly detrimental ? of the foundations of dogma. Admittedly, to varying degrees: while the new ritual of marriage lapses into overly verbose formulas and eliminates the great consecratory blessing of the bride, the new ritual of ordination impoverishes the very symbolism of the ceremony concerning priests and eliminates the crown of the minor orders and the subdiaconate.

The liturgical reform was total, crafting the Mass, all the sacraments, and all the sacramentals from ancient elements but with a new approach. It must be acknowledged that this immense upheaval, carried out in a few years, was hardly a great success: the new liturgy did not fill the churches, or at the very least did not prevent them from emptying. On the contrary, the ancient liturgy that it sought to replace, and which has survived in many places, attracts the young faithful, generates vocations, and positively shines through its pilgrimages. It might be objected that these considerations apply mainly to the West. Yet it was in Rome that this great mutation in the manner of worship occurred, in the heart of this Western society in which ultra-liberalism triumphed at the very time when the great demolition-reconstruction of the Roman liturgy was being carried out.

Paul VI’s reform thus appeared to critical analysts and to the faithful ? “they have changed our Mass!”, “they have changed our religion!”? as pandering to the spirit of the times: there was a more immanent tone to the ceremonies (facing the people, use of the vernacular, elimination of overly traditional symbolism); a diminishing of the hierarchical distinction between ministers of worship and lay faithful; a withering of the forms of respect for the real presence of Christ in the Eucharist; a subduing of the reminders of the great truths (death and judgment) and of the “harsh” dogmas (the Mass as a sacramental sacrifice, original sin preventing the soul from attaining the beatific vision).

The rite, intended to be immutable, was replaced by a canvas to which each person could add their own touch according to their personal charism and piety. From now on, “it is up to the community to create its own liturgy and not to receive it from traditions that have become incomprehensible: the community represents itself and celebrates itself,” as Cardinal Ratzinger said[2]. The “spirit” of Vatican II, from which this renovated rite proceeded, was diametrically opposed to that of the great reforms of the Church, known as the “Gregorian Reform” or the Tridentine Counter-Reformation, with their demanding restoration of discipline, of piety, and of the formation of the clergy, as well as of the rigor of religious life. The themes highlighted by those who reformed the liturgy according to the spirit of the Council, (balancing the “table of the Word” and the “table of the Eucharist”; promoting the active participation of the laity; restoring concelebration and communion from the chalice), were at odds with what had been inherited from the past in terms of style, spirituality, and theological underpinnings. These mutations had a flavor of liberal Catholicism in its latest incarnation, the Nouvelle Théologie denounced by Pius XII. This liberal Catholicism believed it could make certain concessions to modernity, (the embracing of modern freedom, the blurring of differences between denominations, the watering down of beliefs that that had become unpalatable), while nurturing the hope ? always dashed ? of being acknowledged as having a home in the modern world. The ritual transformations thus represented a kind of “inculturation”, albeit moderate, mediocre,as one might have said in the seventeenth century. And yet the culture one was drawing closer to was, in fact, a non-culture.

This phenomenon of a reform which I would qualify as being liberal, is accompanied by another: a subordinate liberal Catholicism, secondary to the reformist Catholicism, which has developed among certain traditionalists, and which could be qualified as Trad-Liberalism. The great concern of Father Spriet ? who certainly attributes far too much influence to me ? is that my “integralist” discourse on the new liturgy in general, and on the reformed sacraments in particular, might exasperate the ecclesiastical authorities and conceal the good will of certain traditionalists who, in the hope – always dashed – of being granted some recognition, are prepared to make certain concessions, which they adorn with the Ratzingerian expression of “reform of the reform”, which for them means reform of the traditional rite, something that the term itself contradicts, as I will explain later.


The lack of authority of the new liturgy

Is it disobedience when there are no grounds to obey? Is it disobedience not to submit to a law that manifestly does not serve the common good?

Unlike previous councils, Vatican II sought neither condemnation nor dogmatization. The development of a new form of teaching in which it placed itself, authentic teaching (Lumen Gentium, n° 25 § 1) or “pastoral” teaching, is like a skillful masterstroke: it introduces novelties, which devalue tradition, and simultaneously enables itself to be in tune with the times. This type of teaching allows for the expression of very new doctrines (the “sincere reverence” with which the Church regards other religions, Nostra Aetate, n° 2 § 2), while at the same time nullifying the authority of the previous magisterium, without having to actually contradict it, since we remain within the “pastoral” sphere, all in a manner that fits in with a modern intellectual freedom that rejects all dogmatization, except that of freedom itself.

It is only natural that the liturgical reform has given rise to a new rule of worship, variable and barely binding, constantly opening up numerous options and leaving maximum leeway for interpretation by celebrants[3]. The norm of worship reflects the norm of faith and vice versa: lex orandi, lex credendi. Or more precisely, the absence of norms in the strict sense: it is no longer really a question of a lex with this form of worship, which contemptuously rejects the ancient ritualism and avoids “rigidity” as much as possible, thereby corresponding to a poorly defined, weakened message (like the “weak thought” of modernity).

The choice is therefore to obey either the sense of the faith or that which is not a law, in that it does not imply any obligation of obedience. In any case, those who, from the moment the new missal was published, expressed the harshest criticism, did indeed consider it as being legitimately open to criticism. The subtitle given by the publisher to my book, Bref examen critique des nouveaux rituels (Short Critical Study of the New Rituals), implicitly refers to the Short Critical Study of the New Order of Mass by Cardinals Ottaviani and Bacci of June 5, 1969, published two months after the promulgation of Paul VI’s missal. It was accompanied by an entreaty signed by the two cardinals and addressed to the pope, the terms of which are well known: “The Novus Ordo Missæ ? considering the new elements susceptible to widely different interpretations which are implied or taken for granted ? represents, both as a whole and in its details, a striking departure from the Catholic theology of the Mass as it was formulated in Session 22 of the Council of Trent […]. The innovations in the Novus Ordo and the fact that all that is of perennial value finds only a minor place ? if it subsists at all ? could well turn into a certainty the suspicion, already prevalent, alas, in many circles, that truths which have always been believed by the Christian people can be changed or ignored without infidelity to that sacred deposit of doctrine to which the Catholic faith is bound forever.” Would Father Spriet assert that the brief book signed by Cardinals Ottaviani and Bacci is “evil and pernicious”?

Many other critiques have appeared since then, those of numerous priests who have continued to celebrate in the ancient forms, those, quite well-known, of Archbishop Lefebvre, as well as those of the contributors to the magazine Itinéraires, including Father Calmel, Father Dulac, Louis Salleron[4], etc. And today, those of Bishop Athanasius Schneider, who has written the preface to my book, which echoes the tone of the letter signed by Cardinals Ottaviani and Bacci: “The introduction of novelties in an academic and abstract, and therefore anti-traditional manner into the sacramental rites had been considered as at least dubious from the time of the Church Fathers until the Second Vatican Council. [… Innovations, improvisations, breaks with the rites of the previous era], all this was carried out in an incomprehensible manner during the liturgical reform following the Second Vatican Council, with the approval of the Holy See. The rites of the sacraments of the post-conciliar reform depart strikingly from the constant and essential qualities of the Church’s liturgy, as inspired by the Apostles, faithfully developed according to the same sense by the Church Fathers, and carefully protected for centuries by the Roman Pontiffs. Among the characteristics of the ritual of the “new sacraments” which contrast with the liturgy of all time, the following elements can be noted: the diminution of sacredness, the systematic weakening of biblical symbolism and typology, especially the link with the types of Divine worship of the Old Covenant (such an attitude was typical of the ancient Christian Gnostics and partly also of Martin Luther), an overly academic and artificial tone, novelties invented with improvisations, anthropocentrism, a neo-Pelagian tendency (the obvious weakening of the doctrine of original sin and the weakening of the prayers of repentance and propitiation) associated with a naturalistic tendency (the weakening of the awareness of the existence and the action of evil spirits, hence an almost systematic omission of exorcisms).” Would Father Spriet assert that Bishop Schneider’s remarks are “evil and pernicious”?

In order to make me fall in line, Father Spriet quotes Mediator Dei, Pius XII’s great encyclical on the liturgy from 1947, explaining that the human aspects of the liturgy depend on the authority of the pope. I fully agree and would even add this other quote from this encyclical: “The temerity and daring of those who introduce novel liturgical practices, or call for the revival of obsolete rites out of harmony with prevailing laws and rubrics, deserve severe reproof.” Is it not deliberately, however, that Father Spriet habitually celebrates a Mass that Pope Paul VI replaced with another? He certainly judges, as I do, and as Pope Benedict XVI did in Summorum Pontificum, that the changes decided by Paul VI were not binding, at least not sufficiently binding so as to abolish the previous Mass.


Pius XII’s premonition

However, there is another very interesting passage in Pius XII’s encyclical: “The same reasoning holds in the case of some persons who are bent on the restoration of all the ancient rites and ceremonies indiscriminately. The liturgy of the early ages is most certainly worthy of all veneration. But ancient usage must not be esteemed more suitable and proper, either in its own right or in its significance for later times and new situations, on the simple ground that it carries the savor and aroma of antiquity. The more recent liturgical rites likewise deserve reverence and respect. They, too, owe their inspiration to the Holy Spirit, who assists the Church in every age even to the consummation of the world. […] Clearly no sincere Catholic can refuse to accept the formulation of Christian doctrine more recently elaborated and proclaimed as dogmas by the Church, under the inspiration and guidance of the Holy Spirit with abundant fruit for souls, because it pleases him to hark back to the old formulas. […] Just as obviously unwise and mistaken is the zeal of one who in matters liturgical would go back to the rites and usage of antiquity, discarding the new patterns introduced by disposition of divine Providence to meet the changes of circumstances and situation.

It would be an aberration to apply this condemnation to those who today reject the novelties introduced after the Council. This denunciation of the search for rites with “a savor and aroma of antiquity”, in contempt of rites subsequently introduced, was aimed at the tendency evident in a number of authors belonging to the Liturgical Movement, who advocated a return to the practices of late antiquity over the contributions of the early Middle Ages. Thus, the Jesuit Josef Andreas Jungmann, who would become one of the most prominent reformers after Vatican II, stated in The Mass of the Roman Rite: Its Origins and Development, in 1948, that the Offertory, which before the seventh century consisted in a prayer over the offerings, had subsequently undergone “serious alterations” through the addition of a series of “private prayers” on the part of the priest. These “private prayers” elucidated so clearly the meaning of the Eucharistic sacrifice and its propitiatory value for the living and the dead that they were considered by Jungmann and his followers to be a “duplicate” or “duplication” of the canon. They were to be ruthlessly suppressed by the reform.

They were archaeologically minded modernizers, which is not contradictory. As Pius XII said, the return to the sources they sought for was justified as being better suited to “later times and new situations”. Yet it is clear, from what Pius XII taught to the contrary, that these “private prayers”, the subject of criticism by Jungmann, Mærtens, Bruylants, Bouyer and others, but which had flourished from the seventh to the eleventh centuries, are to be considered as being worthy of “reverence and respect” as they “owe their inspiration to the Holy Spirit”.


Benedict XVI stopped midstream

Unlike Marcel Lefebvre, who criticized the substance of the liturgical reform, Joseph Ratzinger mainly criticized the violent way in which it had been carried out. But it is appropriate in this case to say, as in legal procedure but with a broader meaning, that “form prevails over substance” and that the two detractors of the reform, the archbishop and the cardinal, were not so far apart in their views. All the more so that Joseph Ratzinger also extolled the treasure represented by the ancient rite: “What earlier generations held as sacred, remains sacred and great for us too.”[5]

On his initiative, the circular letter Quattuor abhinc annos, from the Congregation for Divine Worship, known as the “indult” of October 3, 1984, was promulgated, followed by the motu proprio Ecclesia Dei adflicta, of July 2, 1988, and finally, when he became Benedict XVI, the motu proprio Summorum Pontificum, of July 7, 2007, which recognized the right to celebrate the traditional liturgy.

Let us note in passing that it is wrong to invoke the traditional coexistence of various rites in the Church to justify the provisions of 2007. While there have always been distinct liturgical rites in the Church corresponding to various geographical, ethnic, or cultural areas, there has never been a legal coexistence of two successive states of the same rite for the same subjects. Admittedly, the bull Quo primum of 1570 authorized the survival, alongside the Roman Missal, of customs that could prove two hundred years of existence, but as rites of a particular cathedral or collegiate church. However, the survival of the ancient rite noted by Summorum Pontificum was not that of a particular Church or a group of particular Churches, but virtually of the entire Roman Church. The latter now had two rites, two “forms of the same rite”, as the text kindly put it. In a sense, the missal promulgated by Quo primum itself benefited from the exception of antiquity provided for in this very bull… Summorum Pontificum was certainly a text intended to bring about liturgical peace, but it was also part of Ratzinger’s grand project to set guidelines for the Council. The moderate conciliarist that Joseph Ratzinger had become hoped that one of the effects of liberalizing the ancient liturgy would be to “enrich” and correct the new liturgy, through emulation and contact[6]. He was aiming for this process known as the “reform of the reform”, which seems to have been first mentioned by Cardinal Decourtray, Archbishop of Lyon. Reform of the liturgical reform, not reform of the traditional rite. Very recently, Bishop Schneider has taken up the theme once again: the new Ordo cannot continue in its current state.[7]

This project falls into the category of what is commonly referred to in politics as a transitional stage (such as the “democratic transition” in Spain after Franco’s death), which presupposes a desire to move from one regime, one political state, or in this instance, from one ecclesial state to another. In this case, it is a transition from the “regime” of Paul VI’s liturgy to the “regime” of the Tridentine liturgy, through gradual steps, so as to facilitate the change. This scenario entails the ordinary celebration in parishes gradually becoming traditional (turning the altar around, reintroducing the traditional offertory, etc.). It can be implemented on an ad hoc basis by a particular priest, but it is only fully conceivable if applied as part of an overall program by a pope or a group of bishops committed to a program of ecclesial restoration.[8] Interesting in this regard, although unsuccessful, was the attempt by Cardinal Sarah, then Prefect of the Congregation for Divine Worship, who, at a congress of the Sacra Liturgia association held in London in April 2016, had called for a massive return to the ad Orientem celebration, suggesting that priests who wished to do so should begin celebrating in this manner on the first Sunday of Advent 2016. But he was immediately contradicted by the Archbishop of Westminster, Cardinal Nichols, and by a statement from the director of the Vatican Press Office on July 11, 2016, explaining that “no new liturgical directives were being planned.” The cardinal himself never implemented his directive in Masses according to the Missal of Paul VI. Benedict XVI himself, although he spoke of a “reform of the reform”, did not really take steps to implement it, except by distributing Communion on the tongue during his own Masses and by celebrating in a more careful manner, with beautiful vestments.

In short, he stopped midstream.


Restoring the traditional lex orandi in its entirety

The fact remains that Benedict XVI, especially through Summorum Pontificum, greatly encouraged the celebration of the ancient liturgy. However, whether we like it or not, the celebration of the pre-conciliar lex orandi corresponds to an equally pre-conciliar lex credendi. Benedict XVI had thus, unintentionally or perhaps partly intentionally, laid a mine under the edifice of Vatican II and, first of all, its liturgy.

I have described ? in a somewhat polemical manner, I must confess, but legitimate self-defense permitted me to do so ? the partisans of compromise as favoring a kind of Trad-Liberalism, as opposed to what could be qualified as Catholic Integralism, by taking up a characterization attributed to Catholics engaged in the fight against modernism at the beginning of the twentieth century.These Integral Catholics, of various sensibilities and institutional affiliations, have as their ultimate goal ? from the point of view of the lex orandi and, as a result, of the lex credendi ? a return to the traditional liturgy as the norm.

The accomplishment of this return presupposes pastors, a pope, and, before that, bishops willing to bring about this return, but also a favorable context. It would undoubtedly be overly optimistic to say that this context fully exists today, but we can nevertheless see the beginnings of it, as shown, among other things, by the polls published by the newspaper La Croix, which note the significant number of priests who desire liturgical peace and the growth in the number of faithful “who love the Latin Mass”.

For, indeed, what has become patent is the fatigue with the new liturgy[9], born of a clumsy fabrication by “experts”, as one of them, Louis Bouyer, acknowledged after coming to his senses, or of a reworking by “professors”, to quote Joseph Ratzinger: “Nothing like this has ever happened in this form before; it is contrary to the very nature of liturgical evolution.”[10] This manufactured liturgy will never become a tradition, even if, over the past half-century, it has become a habit, one that will nevertheless be difficult to uproot.

On the other hand, the eternal youthfulness of the traditional liturgy and its missionary capabilities must be acknowledged. The proliferation of places of worship where the traditional Mass is celebrated, which will continue, must be accompanied by “all that goes with it”, according to the established expression, namely, traditional catechism and sacraments.

The reception of the sacraments, which marks a full Christian community life ? baptism, marriage, confirmation ? is of supreme importance. “Although the end be last in the order of execution, yet it is first in the order of the agent’s intention,” says the scholastic adage[11]. The end is nothing other than the restoration of the liturgy in its entirety, as the backbone of an ecclesial restoration. Those who, following the sense of the faith, defend the Tridentine Mass and sacraments together, whether they be priests, young people preparing for marriage, or parents requesting baptism and confirmation for their children, are working, with God’s help, toward this ecclesial restoration.

Fr. Claude Barthe


[1] Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui. Bref examen critique des nouveaux rituels, avec une préface de Mgr Athanasius Schneider, Contretemps, 2025. (Soon to be published in English by Os Justi Press.)

[2] A New Song for the Lord, Faith in Christ and Liturgy Today, New York, Crossroad Publishing, 1996. (Un chant nouveau pour le Seigneur, La Foi dans Le Christ et la Liturgie aujourd’hui, Paris, Desclée, 1995, p. 49.)

[3] Benedict XVI, when he was Cardinal Ratzinger, had made this connection between the pastoral teaching of the Council and the new liturgy in another way, noting that both the Council and the new liturgy are wrongly considered to be more than dogmas: “The truth is that this particular Council defined no dogma at all, and deliberately chose to remain on a modest level, as a merely pastoral council; and yet many treat it as though it had made itself into a sort of ‘super-dogma’ which takes away the importance of all the rest. This idea is made stronger by things that are now happening. That which previously was considered most holy ? the form in which the liturgy was handed down ? suddenly appears as the most forbidden of all things, the one thing that can safely be prohibited.” (Address by Joseph Cardinal Ratzinger, Prefect of the Congregation for the Doctrine of the Faith, given in Santiago to the Chilean bishops, on July 13, 1988.)

[4] Might I add my own: La messe de Vatican II. Dossier historique, Via Romana, 2018?

[5] Benedict XVI, Letter to Bishops accompanying Summorum Pontificum, July 7, 2007.

[6] In the letter of July 7, 2007, accompanying the motu proprio Summorum Pontificum, Benedict XVI explained that the enrichment of the old rite by the new one would concern two points: “new Saints and some of the new Prefaces can and should be inserted in the old Missal.” The Ecclesia Dei Commission had prepared the addition of four new prefaces ad libitum taken from ancient sources and the extension to the universal Church of three others existing in particular missals. They were promulgated by the decree Quo magis of the Congregation for the Doctrine of the Faith on February 22, 2020. The Commission had also prepared a list of new saints, who could be commemorated ad libitum, but this was not followed up.

[7] Bishop Schneider’s Warning: “Novus Ordo cannot continue as is”, The John-Henry Westen Show, broadcast by LSNTV on January 13, 2026.

[8] See my short book: La messe à l’endroit. Un nouveau mouvement liturgique, Éditions de L’Homme Nouveau, 2010.

[9] Evident, in particular, by its lack of fruitfulness. For instance: the question of the closure of the inter-diocesan seminary in Toulouse is currently being raised. With the inter-diocesan seminary in Bordeaux having closed its doors in 2021, there would be no seminary left for all the dioceses of the Southwest and Occitania, with the exception of the somewhat non-conformist (and therefore still existing) diocesan seminary in Bayonne.

[10] La célébration de La Foi: Essai sur la théologie du culte divin, Téqui, 1985, p. 84.

[11] Saint Thomas, Summa Theologica, Ia IIæ, q 1, a 1, ad 1.


 
 

Tradiliberalismo e cattolicesimo integrale

Dibattito sui nuovi rituali dei Sacramenti

Par l'abbé Claude Barthe

Français, English


 

Don Laurent Spriet ha pubblicato su La Nef del gennaio 2026 una recensione alquanto irritata del mio libro: Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui[1] [I Sette Sacramenti da ieri a oggi], libro in cui egli avverte l’odore del libero esame di Lutero, recensione seguita da un video (Abbé Barthe : une position ecclésiale intenable – La Nef [Don Barthe: una posizione ecclesiale insostenibile]), in cui condanna senza appello il mio libro come «cattivo e dannoso» e la mia posizione ecclesiale come «insostenibile».

Don Spriet si premura di dire di non aver niente contro di me a titolo personale. Non solamente ricambio il favore, ma aggiungo da parte mia di aver molto apprezzato i coraggiosi, ma purtroppo vani sforzi ch’egli aveva compiuto in passato per introdurre nel seminario di Lione una sezione dedicata alla Messa tradizionale: uno dei modi per restaurare la liturgia tradizionale è infatti quello d’inserirla per quanto possibile nelle strutture ecclesiali ufficiali.

L’intero mio discorso in questo piccolo libro sui nuovi rituali dei sacramenti verte su un altro aspetto di questa restaurazione liturgica da promuovere: fornire degli elementi a coloro che difendono in modo teorico e pratico la liturgia tradizionale ovvero ai sacerdoti delle comunità religiose o diocesani, che la celebrano in qualche modo come «specialisti», ed ai fedeli, che vi sono legati per preservare la propria fede e quella dei loro figli e che, gli uni e gli altri, la tengono in vita da mezzo secolo. Questa difesa, per coloro che la assumono pienamente, non può che essere globale, molto semplicemente perché una liturgia rappresenta un insieme coerente. San Tommaso spiega d’altra parte che tutti i sacramenti formano un corpo completo, in cui ciascuno di essi è ordinato all’Eucaristia, che contiene l’autore dei sacramenti: il battesimo e la penitenza per riceverla, il matrimonio per sviluppare l’unione del Corpo mistico, l’Ordine per consacrarla, ecc. Se quindi il rituale dell’Eucaristia è stato ferito, è nell’ordine delle cose che anche gli altri sacramenti lo siano stati.


La carenza liberale della nuova liturgia

Non pretendo che tutto sia cattivo nei nuovi rituali (e, in particolare, non ne contesto affatto la loro validità, anche se la loro estrema malleabilità fa sì che in certi casi ci si possa chiedere se il modo indecente in cui vengono interpretati non manifesti l’intenzione del celebrante di non fare quel che vuole la Chiesa). «La grazia filtra o sgocciola attraverso le macerie della liturgia distrutta», diceva Mauriac da qualche parte nel suo Bloc-Notes. Lo sconvolgimento ha colpito ciascuno di essi, in misura diversa, e tutti, come la nuova Messa, soffrono un indebolimento della significazione. Così, il difetto del nuovo messale è quello d’esprimere più debolmente, rispetto al messale che ha preteso di rimpiazzare, il carattere sacrificale dell’Eucaristia, ma anche la specificità del sacerdozio gerarchico, la trascendenza dell’azione che vi si svolge, l’adorazione dovuta alla presenza reale. Allo stesso modo, l’intero nuovo rituale del battesimo indebolisce l’aspetto della lotta di Cristo contro il demonio, che schiavizza l’anima a causa del peccato originale che la macchia; il nuovo rituale dell’unzione degli infermi svaluta il sacramentum extremæ unctionis in una celebrazione per persone anziane. Non si tratta di una negazione, ma di un indebolimento – e questo è già di per sé considerevolmente dannoso – del profilo del dogma. Ciò avviene in misura certamente diversa: il nuovo rituale del matrimonio ricorre a formule troppo prolisse e svuota la grande benedizione consacratoria della sposa; ma il nuovo rituale dell’ordinazione impoverisce il simbolismo stesso della cerimonia riguardante i sacerdoti e svuota la corona degli ordini minori e del suddiaconato.

La riforma liturgica è stata totale, confezionando, con elementi antichi ma completamente ripensati, la Messa, tutti i sacramenti, tutti i sacramentali. Un immenso sconvolgimento operato in pochi anni, sul quale bisogna convenire che non sia stato un successo: la nuova liturgia non ha riempito le chiese o almeno non ha impedito che si svuotassero. Al contrario, la liturgia antica, che voleva rimpiazzare e che è sopravvissuta in molti posti, attira i giovani fedeli, genera vocazioni, brilla per i suoi pellegrinaggi. Si obietterà che queste considerazioni valgono soprattutto per l’Occidente. Ma è a Roma che ha avuto luogo questo grande cambiamento cultuale, nel cuore di questo Occidente in cui l’ultra-liberalismo ha trionfato proprio negli anni in cui è stata realizzata la grande demolizione-ricostruzione della liturgia romana.

La riforma di Paolo VI è apparsa così agli analisti critici ed al pubblico dei fedeli – «ci cambiano la messa!», «ci cambiano la religione!» – come uno scotto pagato allo spirito del tempo: tono più immanente (celebrante rivolto al popolo, uso della lingua corrente, eliminazione di un simbolismo troppo tradizionale); attenuata distinzione gerarchica dei ministri del culto e dei fedeli laici; forme di rispetto atrofizzate nei confronti della presenza reale di Cristo nell’Eucaristia; richiamo addolcito alle grandi verità (la morte, il giudizio) e ai dogmi «duri» (la messa come sacrificio sacramentale, il peccato originale che impedisce l’accesso dell’anima alla visione beatifica).

Il rito, che voleva essere immutabile, è stato rimpiazzato da un canovaccio su cui ciascuno ricama secondo il proprio carisma, la sua pietà propria. D’ora in poi, «spetta alla comunità creare essa stessa la propria liturgia e non riceverla da tradizioni divenute incomprensibili: la comunità rappresenta e celebra sé stessa», diceva il card. Ratzinger[2]. Lo «spirito» del Vaticano II, da cui derivava questo culto rinnovato, andava in una direzione completamente opposta a quella delle grandi riforme della Chiesa, che furono la cosiddetta «riforma gregoriana» o la Controriforma tridentina, con la loro rigorosa restaurazione della disciplina, della pietà e della formazione del clero, del rigore della vita religiosa. I temi dei riformatori della liturgia dopo il Concilio (equilibrare la «tavola della Parola» e la «tavola dell’Eucaristia»; promuovere la partecipazione attiva dei laici; ripristinare la concelebrazione, la comunione al calice) erano in dissonanza per stile, spiritualità, substrato teologico, con ciò ch’era stato ereditato dal passato. Questi cambiamenti avevano il sapore del cattolicesimo liberale nel suo ultimo avatar, la Nouvelle Théologie denunciata da Pio XII. Un cattolicesimo liberale, che credeva di poter fare alcune concessioni alla modernità (libertà moderna, eliminazione delle differenza tra confessioni, addolcimento delle credenze «indigeste»), accarezzando la speranza – sempre delusa – di vedersi riconoscere un posto nel mondo moderno. Le trasformazioni rituali rappresentavano così una sorta d’«inculturazione», certo moderata, mediocre come si sarebbe detto nel XVII secolo. Solo che la cultura a cui ci si avvicinava era una non-cultura.

Tale fenomeno di una riforma che qualifico come liberale ne genera un altro: un cattolicesimo liberale subordinato, secondario in rapporto al cattolicesimo riformatore, che si è sviluppato in alcuni tradizionalisti: ciò che si potrebbe definire tradiliberalismo. La grande preoccupazione di don Spriet – che sicuramente mi attribuisce un’eccessiva influenza – è che il mio discorso «integralista» sulla nuova liturgia in generale e sui sacramenti riformati in particolare esasperi le autorità ecclesiastiche e nasconda loro la buona volontà di alcuni tradizionalisti, che, nella speranza – sempre delusa – di vedersi accordare una qualche forma di gratitudine, sono pronti a fare alcune concessioni, che essi fregiano dell’espressione ratzingeriana di «riforma della riforma», che per loro vuol dire riforma del rito tradizionale, ciò che tuttavia il termine stesso contraddice, come dirò più avanti.


La carenza d’autorità della nuova liturgia

È disobbedienza quando non c’è spazio per l’obbedienza? È disobbedienza non sottomettersi ad una legge, che manifestamente non serve il bene comune? Il Vaticano II, a differenza dei concilii del passato, non ha voluto né condanne, né dogmatizzazioni. L’elaborazione di una nuova forma d’insegnamento, nella quale si è collocato l’insegnamento autentico (Lumen Gentium, n. 25 § 1) o «pastorale», è come un abilissimo tiro a tre sponde nel biliardo: si parla di novità, cosa che che svaluta la tradizione e permette inoltre di essere al passo coi tempi; questo tipo di insegnamento permette, infatti, di formulare dottrine molto nuove (la Chiesa rispetta sinceramente le altre religioni, Nostra Ætate, n. 2 § 2), invalidando di fatto, senza doverla contraddire, poiché si resta nella «pastorale», l’autorità del Magistero precedente, il tutto in un modo che si integra con una libertà intellettuale moderna, che rifiuta qualsiasi dogmatizzazione, tranne quella della libertà stessa.

È del tutto naturale che la riforma liturgica abbia fornito parallelamente una nuova modalità di regola cultuale variabile e poco vincolante, aprendo in ogni momento numerose opzioni, lasciando massimo spazio all’interpretazione dei celebranti[3]. La norma del culto è il riflesso della norma della fede e viceversa: lex orandi, lex credendi. O più precisamente l’assenza di norma in senso forte: non si tratta più veramente qui di una lex nel caso di questo culto che rifiuta con disprezzo l’antica ritualità ed è anche il meno «rigido» possibile, corrispondendo di fatto ad un messaggio mal definito, indebolito (come il pensiero debole dei moderni).

La scelta è quindi quella di obbedire al senso della fede o a ciò che non è una legge, in quanto non implica l’obbligo di obbedienza. In ogni caso, coloro che, sin dalla pubblicazione del nuovo messale, hanno espresso le critiche più severe, in effetti lo hanno considerato legittimamente criticabile. Il sottotitolo dato dall’editore al mio libro, Bref examen critique des nouveaux rituels [Breve esame critico dei nuovi rituali], fa implicito riferimento al Breve Esame critico dei cardinali Ottaviani e Bacci del 5 giugno 1969, pubblicato due mesi dopo la promulgazione del messale di Paolo VI. Esso era accompagnato da una supplica firmata dai due cardinali e indirizzata al Papa, i cui termini sono ben noti: «Il nuovo Ordo Missæ, se si considerano gli elementi nuovi, suscettibili di valutazioni molto diverse, che vi appaiono sottintesi o impliciti, si allontana in modo impressionante, nel complesso come nei dettagli, dalla teologia cattolica della santa Messa così come è stata formulata nella XX sessione del Concilio di Trento […]. Così tante sono le novità che appaiono nel nuovo Ordo Missæ e d’altra parte così tante sono le cose eterne che vi si trovano relegate in uno spazio minore o diverso – ammesso che vi trovino ancora posto –, che potrebbe esservi rafforzato e cambiato in certezza il dubbio, che purtroppo si insinua in molti ambienti, secondo il quale delle verità, sempre credute dal popolo cristiano, potrebbero cambiare o esser passate sotto silenzio senza che si abbia infedeltà al sacro deposito della dottrina, a cui la fede cattolica è legata dall’eternità». Don Spriet dirà che il libretto firmato dai cardinali Ottaviani e Bassi è «cattivo e dannoso»?

Da allora sono apparse molte altre critiche, quelle di numerosi sacerdoti che hanno continuato a celebrare nelle forme antiche, quelle ben note di mons. Lefebvre, quelle dei collaboratori della rivista Itinéraires, di Padre Calmel, di don Dulac, di Louis Salleron[4], ecc. E oggi quelle di mons. Athanasius Schneider, che ha scritto la prefazione al mio libro, in cui riprende il tono della lettera dei cardinali Ottaviani e Bacci: «L’introduzione di novità in modo accademico e astratto, dunque anti-tradizionale, nei riti sacramentali è stata considerata quanto meno sospetta dall’epoca dei Padri della Chiesa fino al Concilio Vaticano II. […] Le innovazioni, le improvvisazioni, le rotture con i riti dell’epoca precedente, tutto questo è stato realizzato in un modo incomprensibile in occasione della riforma della liturgia conseguente al Concilio Vaticano II con l’approvazione della Santa Sede. I riti dei sacramenti della riforma post-conciliare si allontanano in modo sorprendente dalle qualità costanti ed essenziali della liturgia della Chiesa, così come sono state ispirate dagli Apostoli, fedelmente sviluppate nello stesso senso dai Padri della Chiesa ed accuratamente protette per secoli dai Pontefici romani. Tra le caratteristiche del rituale dei “nuovi sacramenti”, contrastanti con la liturgia di sempre, si possono rilevare i seguenti elementi: la diminuzione della sacralità, l’indebolimento sistematico della simbologia e della tipologia biblica, specialmente il legame con i tipi di culto divino dell’Antica Alleanza (un simile atteggiamento era tipico degli antichi gnostici cristiani ed in parte anche di Martin Lutero), un tono troppo accademico ed artificiale, le novità inventate con improvvisazioni, l’antropocentrismo, una tendenza neo-pelagiana (l’evidente affievolimento della dottrina del peccato originale e l’affievolimento delle preghiere di penitenza e di propiziazione) associata ad una tendenza naturalistica (l’indebolirsi della considerazione dell’esistenza e dell’azione degli spiriti maligni, da cui un’omissione quasi sistematica degli esorcismi)». Don Spriet dirà che il discorso di mons. Schneider è «cattivo e dannoso»?

Don Spriet, per farmi rientrare nell’obbedienza, mi cita la Mediator Dei, la grande enciclica di Pio XII sulla liturgia del 1947, spiegando che dall’autorità del Papa dipendono gli aspetti umani della liturgia. Sono pienamente d’accordo e aggiungo anche quest’altra citazione in tal senso dell’enciclica: «È necessario condannare l’audacia del tutto temeraria di coloro che, deliberatamente, introducono nuove usanze liturgiche o fanno rivivere riti superati, in disaccordo con le leggi e le rubriche attualmente in vigore». Ma non è forse in modo deliberato che don Spriet celebra abitualmente una Messa che papa Paolo VI ha sostituito con un’altra? Sicuramente egli ritiene come me e come papa Benedetto XVI nel Summorum Pontificum che i cambiamenti decisi da Paolo VI non avessero forza vincolante, almeno non abbastanza vincolante da abolire la Messa precedente.


Pio XII premonitore

Ma c’è un altro passaggio molto interessante dell’enciclica di Pio XII: «Allo stesso modo vanno giudicati gli sforzi di taluni di ristabilire l’uso di antichi riti e cerimonie. Senza dubbio, la liturgia dell’antichità è degna di venerazione; tuttavia, un’abitudine antica non deve essere considerata, in virtù del suo solo sentore di antichità, come più appropriata e migliore, sia in sé stessa, sia quanto ai suoi effetti ed alle nuove condizioni dei tempi e delle cose. Anche i riti liturgici più recenti sono degni di essere onorati ed osservati, poiché sono nati sotto l’ispirazione dello Spirito Santo, che assiste la Chiesa in tutti i tempi. […] Come difatti nessun cattolico autentico può rifiutare le formulazioni della dottrina cristiana composte e decretate con grande vantaggio in epoca più recente dalla Chiesa, ispirata e retta dallo Spirito Santo, per ritornare alle antiche formule dei primi Concilii, […] così, quando si tratta della sacra Liturgia, non sarebbe animato da zelo retto e intelligente colui il quale volesse tornare agli antichi riti ed usi, ripudiando le nuove norme introdotte per disposizione della Divina Provvidenza e per le mutate circostanze».

Sarebbe un controsenso applicare tale critica a coloro che oggi rifiutano le novità introdotte dopo il Concilio. Questa denuncia della ricerca di riti che hanno «un sentore di antichità», in spregio ai riti introdotti in seguito, prendeva di mira la tendenza, che si manifestava in un certo numero di autori appartenenti al Movimento liturgico, i quali raccomandavano un ritorno agli usi della tarda Antichità prescindendo dai contributi dell’Alto Medioevo. Così il gesuita Josef Andreas Jungmann, che sarebbe diventato uno dei riformatori più in vista dopo il Vaticano II, sosteneva in Missarum Sollemnia: Spiegazione genetica della messa romana, nel 1948, che l’offertorio, che prima del VII secolo si riduceva ad una preghiera sulle oblate, aveva in seguito subìto «gravi alterazioni» con l’aggiunta di una serie di «preghiere private» del sacerdote. Queste «preghiere private» esplicitavano peraltro così chiaramente il senso del sacrificio eucaristico ed il suo valore propiziatorio per i vivi e per i morti da esser considerate da Jungmann e dai suoi emuli come un «doppione» o un «duplicato» del Canone. Esse sono state soppresse senza pietà dalla riforma.

Costoro erano modernizzatori archeologizzanti, il che non è contraddittorio. Come diceva Pio XII, il ritorno ch’essi volevano veniva giustificato in quanto più adatto «alle nuove condizioni dei tempi e delle cose». Emergeva, da quanto insegnava invece Pio XII, che queste «preghiere private», oggetto delle critiche di Jungmann, Mærtens, Bruylants, Bouyer ed altri, preghiere che erano fiorite dal VII all’XI secolo, erano da considerarsi come «degne di essere onorate e osservate, poiché […] nate sotto l’ispirazione dello Spirito Santo».


Benedetto XVI bloccato a metà del guado

A differenza di Marcel Lefebvre, che criticava il contenuto di fondo della riforma liturgica, Joseph Ratzinger ha soprattutto criticato il modo violento della trasformazione ch’essa aveva operato. Ma è il caso di dire, come in procedura ma con un senso più ampio, che «la forma porta con sé il contenuto» e che i due denigratori della riforma, l’arcivescovo e il cardinale, non erano in fondo poi così lontani. Tanto più che Joseph Ratzinger magnificava peraltro il tesoro rappresentato dal rito antico, «che era sacro per le generazioni precedenti» e che restava «grande e sacro per noi[5]».

Per sua iniziativa vennero promulgati la lettera circolare Quattuor abhinc annos della Congregazione per il Culto Divino, detta «indulto» del 3 ottobre 1984, poi il motu proprio Ecclesia Dei adflicta del 2 luglio 1988 e, per finire, quando divenne Benedetto XVI, il motu proprio Summorum Pontificum del 7 luglio 2007, che riconosceva il diritto alla celebrazione della liturgia tradizionale.

Va detto, per inciso, che è errato invocare, per giustificare le disposizioni del 2007, la tradizionale coesistenza di diversi riti nella Chiesa. Se nella Chiesa sono sempre esistiti riti liturgici distinti corrispondenti a diverse aree geografiche, etniche o culturali, non si è mai vista una coesistenza di diritto tra due stati successivi dello stesso rito per gli stessi soggetti. Certo, la bolla Quo primum del 1570 autorizzava la sopravvivenza, accanto al messale romano, di quegli usi, che potessero dimostrare di esistere da duecento anni, ma come riti di una determinata cattedrale, di una determinata collegiata. Mentre la sopravvivenza del rito antico, constatata dal Summorum Pontificum, non era opera di una Chiesa particolare o di un insieme di Chiese particolari, ma virtualmente di tutta la Chiesa romana. Da quel momento in poi essa aveva due riti, due «forme dello stesso rito», come diceva delicatamente il testo. In un certo senso, il messale promulgato dalla Quo primum beneficiava a sua volta dell’eccezione di antichità prevista da questa bolla…

Summorum Pontificum era certamente un testo destinato a portare la pace liturgica, ma faceva anche parte del grande progetto ratzingeriano di inquadramento del Concilio. Quel conciliare moderato, che era divenuto Joseph Ratzinger, sperava che uno degli effetti della liberalizzazione dell’antica liturgia potesse consentire, per via d’emulazione, di contatto, «di arricchire», di correggere la nuova liturgia[6]. Egli mirava a quel processo detto di «riforma della riforma», di cui il primo ad aver parlato sembra esser stato il card. Decourtray, arcivescovo di Lione. Riforma della riforma liturgica e non riforma del rito tradizionale. Ancora di recente, mons. Schneider ne ha ripreso il tema: il nuovo Ordo non può rimanere nello stato attuale[7].

Questo progetto rientra nella categoria di ciò che si è convenuto di qualificare in politica come processo di transizione (come la «transizione democratica», in Spagna, dopo la morte di Franco), il che presuppone che si voglia passare da un regime, da uno stato politico o, nel caso specifico, ecclesiale ad un altro. In questo caso dal «regime» della liturgia di Paolo VI al «regime» della liturgia tridentina, attraverso tappe graduali per rendere più facile il cambiamento. L’ipotesi riguarda la celebrazione ordinaria nelle parrocchie progressivamente rese tradizionali (riorientamento dell’altare, reintroduzione dell’offertorio tradizionale, ecc.). Essa può essere attuata puntualmente da un sacerdote, ma è pienamente concepibile solo se applicata come programma globale da un Papa o da un insieme di Vescovi, che si impegnino in un programma di restaurazione ecclesiale[8]. Interessante a questo proposito, benché abortito, è stato il tentativo del card. Sarah che, all’epoca Prefetto della Congregazione per il Culto Divino, durante un congresso dell’associazione Sacra Liturgia tenuto a Londra nell’aprile 2016, ha invocato un ritorno massiccio alla celebrazione ad Orientem, suggerendo ai sacerdoti che lo desiderassero di cominciare a celebrare in questo modo a partire dalla prima domenica di Avvento 2016. Ma venne immediatamente contraddetto dall’arcivescovo di Westminster, il card. Nichols, e da un comunicato del direttore della Sala Stampa vaticana dell’11 luglio 2016, in cui si spiegava che «[non erano] previste nuove direttive liturgiche». Lo stesso cardinale non ha mai applicato la sua direttiva nelle Messe secondo il messale di Paolo VI. Anche Benedetto XVI, pur avendo parlato di «riforma della riforma», non ha realmente adottato misure per attuarla, se non distribuendo la Comunione sulle labbra durante le proprie Messe e celebrando in modo più curato, con bei paramenti.

È rimasto insomma a metà del guado.


Restaurare integralmente la lex orandi tradizionale

Resta il fatto che Benedetto XVI, in particolare con Summorum Pontificum, ha fortemente favorito la celebrazione della liturgia antica. Ora, che lo si voglia o no, alla celebrazione della lex orandi preconciliare corrisponde una lex credendi egualmente preconciliare. Benedetto XVI ha così, involontariamente o magari in parte volontariamente, posto una mina sotto l’edificio del Vaticano II ed, in primo luogo, della sua liturgia.

Ho definito tradiliberali – in maniera un po’ polemica, lo ammetto, ma la legittima difesa me lo consentiva – i fautori degli accomodamenti, in contrapposizione ai quali, riprendendo una qualifica che si attribuivano i cattolici impegnati nella lotta contro il modernismo all’inizio del XX secolo, collocherei i cattolici integrali. Questi ultimi, di diverse sensibilità ed appartenenze istituzionali, hanno come obiettivo ultimo – dal punto di vista della lex orandi e di fatto della lex credendi – il ritorno alla liturgia tradizionale come norma.

Il compimento di questo ritorno presuppone dei pastori, un Papa e, prima ancora, dei vescovi, che lo realizzino, ma anche un contesto che sia ad esso favorevole. Sarebbe senza dubbio troppo ottimistico affermare che tale contesto oggi esista pienamente, ma se ne possono comunque constatare i primi segni, come dimostrano, tra l’altro, i sondaggi pubblicati dal giornale La Croix, sondaggi che constatano la rilevanza del numero di sacerdoti che desiderano la pace liturgica e la crescita del numero dei fedeli «che amano la Messa in latino».

È in effetti evidente la fatica della nuova liturgia[9], nata da una maldestra elaborazione ad opera di «esperti», come ha riconosciuto uno di loro, Louis Bouyer, dopo essersi ricreduto, o da una rielaborazione ad opera di «professori», per citare Joseph Ratzinger: «Nulla di simile è mai accaduto con queste modalità, ciò è contrario al carattere proprio dell’evoluzione liturgica[10]». Questa liturgia inventata non diverrà mai tradizione, anche se in mezzo secolo è divenuta un’abitudine, che sarà comunque molto difficile sradicare.

D’altra parte è necessario constatare l’eterna giovinezza della liturgia tradizionale e le sue capacità missionarie. Il moltiplicarsi dei luoghi della Messa tradizionale, che proseguirà, dev’essere accompagnato da «tutto ciò che ne consegue», secondo la consacrata espressione, ovvero il catechismo ed i sacramenti.

L’ammissione ai sacramenti, che segna una piena vita comunitaria cristiana, battesimo, matrimonio, cresima è di suprema importanza. «Se il fine è ultimo nell’esecuzione, è primo nell’intenzione», dice l’adagio scolastico[11]. Il fine non è nient’altro che la restaurazione di tutta la liturgia come colonna vertebrale di una restaurazione ecclesiale. Coloro che, seguendo il senso della fede, difendono assieme Messa e Sacramenti tridentini, siano essi sacerdoti, giovani che preparano il loro matrimonio, genitori che chiedono il battesimo e la cresima dei loro figli, lavorano, con l’aiuto di Dio, a questa restaurazione ecclesiale.


Don Claude Barthe


[1] Les Sept Sacrements d’hier à aujourd’hui. Bref examen critique des nouveaux rituels, con una prefazione di mons. Athanasius Schneider, Contretemps, 2025.

[2] Un chant nouveau pour le Seigneur, La Foi dans le Christ et la Liturgie aujourd’hui, Desclée, 1995, pag. 49.

[3] Benedetto XVI, quando era card. Ratzinger, aveva fatto questo collegamento tra insegnamento pastorale del Concilio e liturgia nuova in un altro modo, osservando come entrambi, Concilio e nuova liturgia, siano considerati a torto come più che dogmi: «La verità è che il Concilio non ha definito alcun dogma ed ha voluto consapevolmente esprimersi ad un livello più modesto, semplicemente come un concilio pastorale. Tuttavia, numerosi sono coloro che lo interpretano come se fosse quasi il super-dogma, che toglie ogni importanza al resto. Quest’impressione è rafforzata soprattutto da alcuni fatti diffusi. Quel che un tempo era considerato come ciò che v’è di più sacro – la forma trasmessa dalla liturgia – appare in un sol colpo come ciò che v’è di più vietato e la sola cosa che si possa rifiutare con certezza» (Discorso ai vescovi cileni, 13 luglio 1988, Conférence du cardinal Ratzinger devant les évêques du Chili et de Colombie le 13 juillet 1988 • 13 juillet 1988 • LPL).

[4] Posso aggiungere il mio: La messe de Vatican II. Dossier historique, Via Romana, 2018.

[5] Benedetto XVI, Lettera ai vescovi che accompagna Summorum Pontificum.

[6] Nella lettera del 7 luglio 2007, che accompagna il motu proprio Summorum Pontificum, Benedetto XVI spiegava come l’arricchimento del rito antico col nuovo si sarebbe fondato su due punti: «Nel vecchio Messale potranno e dovranno essere inseriti i nuovi santi e alcuni dei nuovi prefazi». La Commissione Ecclesia Dei aveva preparato l’aggiunta di quattro nuovi prefazi ad libitum tratti da fonti antiche e l’estensione alla Chiesa universale di altri tre esistenti in messali particolari. Essi sono stati promulgati con il decreto Quo magis della Congregazione per la Dottrina della Fede del 22 febbraio 2020. La Commissione aveva anche preparato un elenco di nuovi santi, di cui si poteva fare memoria ad libitum, che non ha avuto seguito.

[7] Avertissement de l’évêque Schneider : ‘Le Novus Ordo ne peut pas rester en l’état’.’

[8] Si veda il mio piccolo lavoro: La messe à l’endroit. Un nouveau mouvement liturgique (Edizioni L’Homme Nouveau, 2010).

[9] Evidente soprattutto per la sua assenza di frutti. Per fare un esempio: attualmente si pone la questione della chiusura del seminario interdiocesano di Tolosa. Poiché il seminario interdiocesano di Bordeaux ha chiuso i battenti nel 2021, non resterebbe più alcun seminario per l’insieme delle diocesi del Sud-Ovest e dell’Occitania, ad eccezione del seminario diocesano un po’ marginale (e che per questa ragione continua ad esistere) di Bayonne.

[10] La célébration de La Foi : Essai sur la théologie du culte divin,, Téqui, 1985, pag. 84.

[11] San Tommaso, Somma teologica, Ia IIæ, q 1, a 1, ad 1.


 

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